"La performance et la barbarie sont si étroitement mêlés dans la culture que seule une ascèse barbare à l’encontre de la culture et de ses matrices permet d’entrevoir l’autre face du monde. "
Inakomyliachtchi
"L’esthétique – comme dimension du symbolique devenue à la fois arme et théâtre de la guerre économique – substitue le conditionnement des hypermasses à l’expérience sensible des individus psychiques ou sociaux. L’hypersynchronisation conduit à la perte d’individuation par l’homogénéisation des passés individuels, en ruinant le narcissisme primordial et le processus d’individuation psychique et collective : ce qui permettait la distinction du je et du nous, désormais confondus dans l’infirmité symbolique d’un on amorphe."
Bernard Stiegler
"Maintenant l’homme normal sait que sa conscience devait s’ouvrir à ce qui l’avait le plus violemment révolté :
ce qui, le plus violemment, nous révolte, est en nous."
Georges Bataille

« Partout où règne le spectacle, les seules forces organisées sont celles qui veulent le spectacle. Aucune ne peut donc plus être ennemie de ce qui existe, ni transgresser l’omerta qui concerne tout. »
Guy DEBORD
«Est-ce que la proposition honnête et modeste d’étrangler le dernier jésuite avec les boyaux du dernier janséniste ne pourrait amener les choses à quelque conciliation ?»
Lettre du curé Jean Meslier à Claude-Adrien Helvétius, 11 mai 1671.


« Nous supposons également que l’art ne peut pas être compris au travers de l’intellect, mais qu’il est ressenti au travers d’une émotion présentant quelque analogie avec la foi religieuse ou l’attraction sexuelle – un écho esthétique. Le goût donne un sentiment sensuel, pas une émotion esthétique. Le goût présuppose un spectateur autoritaire qui impose ce qu’il aime ou ce qu’il n’aime pas, et traduit en « beau » et « laid » ce qu’il ressent comme plaisant ou déplaisant. De manière complètement différente, la « victime » de l’écho esthétique est dans une position comparable à celle d’un homme amoureux, ou d’un croyant, qui rejette spontanément les exigences de son ego et qui, désormais sans appui, se soumet à une contrainte agréable et mystérieuse. En exerçant son goût, il adopte une attitude d’autorité ; alors que touché par la révélation esthétique, le même homme, sur un mode quasi extatique, devient réceptif et humble. »
Marcel DUCHAMP

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samedi 10 décembre 2011

Les bonnes questions

Croire que La Crise est économique, financière, sociale, politique, écologique ou idéologique, c’est toujours croire… Si nous nous posions la question « comment croyons-nous », peut-être qualifierions-nous La Crise d’épistémologique..
Le malheur de l’homme, semble-t-il, vient de ce qu’il n’a pas trouvé le moyen de transformer la régulation individuelle en servomécanisme inclus dans l’espèce, il s’arrête toujours en chemin à des groupes, des sous-ensembles qui ne conceptualisent pas eux-mêmes leur appartenance à cette espèce ni ne découvrent les moyens d’être englobés par elle. Il n’est pas étonnant, dans ces conditions que nous nous apercevions tardivement que l’espèce humaine n’a pas géré les biens à sa disposition, biens matériels et énergétiques, monde vivant de la flore et de la faune et monde humain lui-même, aboutissant à l’organisation des structures économiques et sociales. En effet, tous les niveaux d’organisation qui vont de la molécule au système nerveux humain et à son fonctionnement en situation sociale ont jusqu’ici été ignorés et remplacés par un discours, dont la raison d’être est que l’analyse logique à partir de faits dits objectifs aboutit forcément à la réalité ; mais la logique du discours n’a rien à voir avec la logique de la chimie et de la neurophysiologie du système nerveux humain en situation sociale….
….Aussi longtemps que les connaissances progressives qui concernent le système nerveux central et que nous en avons ne feront pas partie de l’acquis fondamental de tous les hommes, au même titre que le langage dont il est la source (alors que celui-ci exprime surtout notre inconscient sous le déguisement du discours logique), nous ne pourrons pas faire grand-chose. Tout sera toujours noyé dans le verbalisme affectif….
H. LABORIT La colombe assassinée, p. 34

jeudi 17 novembre 2011

fashionisme= le fachisme + la vaseline

« Il n'est pas dépourvu d'importance que nous soyons presque toujours inconscients de la tendance de nos changements d'état. Une fable quasi-scientifique raconte que, si vous arrivez à faire asseoir tranquillement une grenouille dans une casserole contenant de l'eau froide et que vous augmentez la température très lentement et progressivement, de manière qu'aucun moment ne soit marqué comme celui où elle devrait bondir dehors, eh bien, elle ne sautera jamais. Elle cuira. L'espèce humaine, qui change son propre environnement en augmentant progressivement la pollution et se dégrade l'esprit en détériorant lentement la religion, l'éducation, se trouve-t-elle assise dans une telle casserole ? »

Gregory BATESON


Chez l'homme, le codage est forcément limité en raison du langage articulé, qui n'est qu'un médiat entre l'esprit et le sensible. Entre plusieurs choix analytiques, l'esprit humain préfère se ranger au principe dit du rasoir d'Occam : la complexité est évacuée au profit de l'hypothèse la plus simple. Le cerveau ignore le médiat et entraîne des réactions irrationnelles. Et dans la nature comme dans la pensée, il existe un seuil perceptif minimal de la variation propre à tout organisme, en-deçà duquel tout changement est imperceptible ; l'organisme s'habitue, s'accoutume. Parfois, note Gregory Bateson, l'esprit humain ne détecte plus la variation. Le distinguo entre changement lent et état est difficile voire aboli. Dans la post-modernité, les aliénés ne perçoivent que peu les changements les plus bouleversants, puisque le changement en est le mode de fonctionnement. En outre, le processus mental requiert une énergétique, il reçoit des stimuli. Mais une information dont le codage n'est pas perçu coupe toute stimulation énergétique chez le sujet récepteur, ou en annihile la réactivité. Et un petit coup de tittytainment pour la consocratie béate plus tard, nous sommes en 2011.
Cet accompagnement dans la conduite du changement est particulièrement efficace lorsque les membres d'un système sont conformistes et permettent d'en assurer la cohérence interne, via la reproductibilité de ce système. Dans l'homogénéité, une séquence divergente (un comportement) a donc de grandes chances d'être imprévisible, en raison des impacts mutuels des particules constitutives de ce système (le mouvement brownien). Mais à un niveau (type logique) supérieur, l'hypothèse dite de Russell dépasse l'individu pour considérer d' « immenses foules ou classes d'individus ». Il entend déterminer les lois qui feront obstacle à la stochastique, par la qualité de la nouveauté et la limitation du potentiel de divergence. L'hypothèse est vérifiable après le passage de nos ingénieurs sociaux. Par ailleurs, tout changement – dans la nature comme dans la pensée – nécessite de l'information. Mais la « matrice réceptrice » doit être propice à la réception de cette information, sous peine d'imperméabilité au changement, en particulier si les propositions sont déformées par le système de codage (trop) profondément implanté chez le sujet. D'où l'emploi d'un côté de la stratégie du choc (voir Naomi Klein), et de l'autre l'incapacité patente des gens à ouvrir les yeux sur l'urgence d'une troisième voie.
Tout système doit son équilibre et sa pérennité à une régulation correcte, qui passe par une « valeur » optimale (dite métavaleur, située au niveau moyen de l'éventail), un seuil au-delà ou en-deçà duquel sa survie est menacée. Trop de séquences convergentes comme divergentes représentent un risque mortel pour sa survie. Changement et intolérance sont ainsi en constante interaction : « Le changement d'une variable met en évidence la valeur critique de l'autre. » Il en découle que la vie – au sens large – est faite de changements, mais que certaines constantes sont nécessaires (des éléments conservateurs, pour faire tiquer les progressistes). Pour reprendre Bateson et son exemple du funambule sur la corde raide : de petits coups de vents ou des vibrations de la corde ne le feront pas chuter, mais l'intensité dans ces variations doit rester minime pour ne pas provoquer sa chute. En cela, le totalitarisme du mondialisme est amené à mourir de lui-même (aidons-le malgré tout) puisque c'est la confrontation d'informations distinctes qui permet d'opérer une différence qui produira l'information. Ce croisement de variables est infini, et les cas multiples, dans ce que Bateson nomme ces « versions multiples du monde » : battement et moiré, les deux sexes, les langages synonymes, la sommation synaptique (l'action conjuguée des neurones A et B permet d'activer le neurone C), la vision binoculaire, etc.. L'échange d'informations est biaisé dans un système où les éléments divergents sont toujours plus nombreux et toujours plus ignorés, dans la maladie comme en société : mal décodée, l'information n'influe pas correctement sur le comportement des élites. La rétroaction est inopérante, et aucune différence d'information n'est produite puisqu'il n'y a pas de relation. 
Le problème est que les comportements individuels comme collectifs sont le produit de causalités circulaires. Dans les relations (d'un point de vue structuraliste), une différence se produit entre deux éléments en interaction. (1) Celle-ci peut être symétrique (à probabilité mimétique, compétition, rivalité, émulation mutuelle, etc.) ou complémentaire (différent mais adaptation de l'une à l'autre : domination-soumission, dépendance-assistance). Dans les deux cas, on assiste à une escalade progressive dans les relations, que Bateson a nommée la schismogenèse. Celle-ci peut conduire à l'emballement puis à la rupture du système. (2) Seule une combinaison des deux annule la tension. Le circuit correcteur, pour pallier la défaillance, ne doit pas concerner qu'un secteur du système (parlons au choix d'un nœud borroméen ou d'une complémentarité des classes). En effet, les variables affectent le système entier à travers le temps. Suivant l'influence de l'information transmise et la production de différence qui en résulte, le système peut en être affecté voir modifié, et donc survivre ou mourir. Tout dépend de la force du mécanisme autocorrecteur systémique.

Quant à l'information, comment la décoder correctement ? L'esprit récepteur doit s'informer sur elle en décodant des métamessages (des messages sur les messages). Cela va de soi, la signification du code varie selon ce code et la relation entre l'émetteur et le récepteur, ce qui peut aboutir à la schizophrénie, via ce que Bateson a théorisé sous le nom de double bind (double contrainte). Il s'agit de l'injonction paradoxale : « Sois libre », « Désobéis », etc. A défaut de pouvoir agencer les types logiques, l'homme atteint de double bind serait incapable, à l'instar du chien de Pavlov, de discriminer les indicateurs de contexte. Inapte à la logique, il rallierait alors les explications surnaturelles (ou la pensée magique ?). En fin de compte, l'esprit meurt lorsqu'il ne décode plus les boucles porteuses d'information. Il perd alors toute autonomie, c'est-à-dire le contrôle de soi.

Cette dernière citation de Bateson confirmera une fois de plus que le système libéral, avec ses sacro-saints Marché et Droit, sa fuite en avant, son refus de l'éthique et d'une philosophie est tout bonnement l'Anti-Vie par excellence : « Un monde de sens, d'organisation et de communication n'est pas concevable sans discontinuité, sans seuil. Si les organes sensoriels ne peuvent recevoir de nouvelles que de la différence, si les neurones ou bien sont excités ou bien ne le sont pas, alors le seuil devient nécessairement un aspect de la façon dont est assemblé le monde vivant et mental. »

(1) D'après Bateson, les contextes de la vie s'apprennent par la relation externe entre au moins deux individus. Une relation est donc toujours le produit d'une double description. Elle est une double vision (Watzlawick dirait qu'elle recouvre deux réalités), et elle influence le comportement de chacun. De ce fait, la relation précède toujours les changements de comportement. La « fierté » d'un groupe, par exemple, ne se définit par exemple que par rapport à un autre groupe. Tout fonctionne sur des structures d'échange, des combinaisons de double description. Ainsi, la compréhension du comportement donne un nouveau type logique d'apprentissage.

(2) L'unité d'interaction minimale, lit-on, est constituée de trois éléments : stimulus, réponse, renforcement.

samedi 5 novembre 2011

Les mots travaillent

« Le problème du langage est au centre de toutes les luttes pour l’abolition ou le maintien de l’aliénation présente ; inséparable de l’ensemble du terrain de ces luttes. Nous vivons dans le langage comme dans l’air vicié. Contrairement à ce qu’estiment les gens d’esprit, les mots ne jouent pas. Ils ne font pas l’amour, comme le croyait Breton, sauf en rêve. Les mots travaillent, pour le compte de l’organisation dominante de la vie. Et cependant, ils ne sont pas robotisés ; pour le malheur des théoriciens de l’information, les mots ne sont pas eux-mêmes « informationnistes » ; des forces se manifestent en eux, qui peuvent déjouer les calculs. Les mots coexistent avec le pouvoir dans un rapport analogue à celui que les prolétaires (au sens classique aussi bien qu’au sens moderne de ce terme) peuvent entretenir avec le pouvoir. Employés presque tout le temps, utilisés à plein temps, à plein sens et à plein non-sens, ils restent par quelque côté radicalement étrangers. (…)
Notre époque n’a plus à écrire des consignes poétiques, mais à les exécuter. »
(Début et fin de All the King’s Men, Guy Debord, paru en janvier 1963, I.S. n°8)

vendredi 14 octobre 2011

La culture par l'exemple: se culturer à la manière d'Henri Bouasse

De la culture et de la science
Henri Bouasse

(source : la revue Alliage n°63)

Notre pays a connu au début du vingtième siècle, de grands physiciens : les Curie, Perrin, Langevin — autant d’explorateurs reconnus de la science moderne. Il ne faudrait pas pour cela oublier qu’ils ne furent qu’une minorité et que nombre de leurs collègues représentèrent longtemps une tradition classique que n’avait pas épuisée le dix-neuvième siècle et qu’il serait d’ailleurs malvenu aujourd’hui de considérer avec trop de désinvolture. Parmi ces savants à l’ancienne, se singularise la figure d’Henri Bouasse, à laquelle un récent ouvrage vient de redonner vie (Robert Locqueneux, Henri Bouasse, un regard sur l’enseignement et la recherche, Librairie Albert Blanchard, 2008). La longue carrière de Bouasse, né en 1866 et mort en 1953, se déroula entièrement à l’université de Toulouse, loin des prestigieuses institutions parisiennes. De 1911 à 1932, il publia une Bibliothèque scientifique de l’ingénieur et du physicien, un monument de quarante-cinq volumes abordant tous les domaines — quitte à ne faire qu’effleurer ceux de la physique alors en gestation (relativité, quantique). Souvent originales, ses contributions en optique, acoustique, hydrodynamique, etc., recèlent encore bien des perles. Mais ce qui rend le personnage attachant, c’est son absolue liberté d’esprit à l’égard de son milieu, et le dédain de toute convenance académique que manifestent les célèbres préfaces polémiques, voire pamphlétaires, dont il fait systématiquement précéder ses ouvrages, indépendamment de leur sujet scientifique d’ailleurs… On appréciera tout particulièrement les lignes que ce Diogène de laboratoire, politiquement conservateur mais sceptique invétéré, consacrait à dégonfler, avec une salubre ironie les prétentions de la culture et de la science, à partir du moment où elles deviennent des vaches sacrées.

***
La culture est d’abord une éducation personnelle de la sensibilité ; elle prendrait commodément pour devise :« Rien de ce qui est humain ne m’est étranger ! »Diafoyrus intervient :« Constatez que je ne vous force pas à le dire ! Il faut connaître tout ce qui est humain. Le foie est humain et aussi le pancréas ! »Oui, Diafoyrus ! et même là où vous mettez les canules. Mais je ne prends pas le mot humain dans le sens que vous croyez.
On pourrait encore la résumer par l’ambitieuse formule sous laquelle je cultivai mon moi à vingt ans :
« Tout comprendre pour tout aimer. »Suivant la date de sa naissance, le jeune homme choisit des étendards de couleurs éclatantes ou ternes, change ses mots de ralliement, tantôt suaves, tantôt féroces. Mais le but est le même : l’augmentation du moi, le développement de l’intelligence, l’affinement de la sensibilité.

mardi 11 octobre 2011

SITUATION DE TRANSHUMANCE (LE TRAVAIL DU RESTE)

 Digression sur "l'idée", "le cultiver", 
et sur la manière de fabriquer du "produit" au sein du cycle des transformations


***
La nature ne crée pas de déchets.
 
 La nature n’ a pas de point de vue.


Dans la nature, rien n’est déchet, tout est déchet. Le bousier qui pousse sa pelotte pour aller en faire habitat en même temps que nourriture, est un élément du perpétuel cycle de transformation-utilisation de toute chose et pas l’éboueur recycleur que pourrait y voir un esprit humain.
Il est évident qu’il nous faut urgemment réintégrer ce principe du vivant en envisageant, dès sa conception, la possibilité de transformation écologiquement nourricière de l’objet produit qu'il soit matériel ou immatériel (et je pense ici plus particulièrement aux idées). 
Il nous faut penser la trame de ses transformations, de ses reprises, remakes et disséminations, "rumorologie", incrustations ou autres récits qui se déclenchent, de tout ce mouvement nous avons beaucoup à apprendre sur comment fonctionne le cycle des transformations? quel est le poids de l'opportunisme et du hasard? l'élucidation des stratégies qui se répètent? et un sans fin de données que la pratique va nous apporter.
Il y a un "vrai" retour sur investissement à labourer la terre avec amour comme à faire retour sur ces souvenirs pour reprendre des actions passées: labourer le temps, pour du familier faire l'élan qui conduit.

mercredi 19 janvier 2011

Seguimientos e identificaciones para confirmar el 'triángulo anarquista mediterráneo'

Bandera negraEl año pasado se despidió con nuevas revueltas en diferentes países de Europa. Los sucesos que más llamaron la atención de medios, políticos y policías, fueron los numerosos envíos de paquetes explosivos a diferentes embajadas en Grecia e Italia, o a altos mandatarios de la comunidad europea, en los meses de Noviembre y Diciembre, lo que presumiblemente activó a los grupos de investigación policial sobre anarquistas y que desde el año 2000 buscan confirmar sus teorías sobre el "triángulo anarquista mediterráneo", en el que colocan a Italia, Grecia y España, como sus vértices o lados. A las detenciones producidas en Grecia y las investigaciones abiertas en Italia, en España se activaron los protocolos y vigilancias de personas que, para la policía española pudieran estar involucradas en dichas actividades.
Recientemente en Madrid, a principios de Diciembre, se llevó a cabo la Feria del Libro Anarquista y uno de los días, al concluir las charlas y las actividades, "casualmente" se produjeron algunas identificaciones de los asistentes.
Días después, en Barcelona, también se descubrió un operativo destinado a controlar los movimientos y contactos de personas de afinidad anárquica, que estuvo en activo algo más de dos semanas y en el que se detectaron al menos doce policías secretas haciendo los seguimientos. Es probable que este operativo y otros, sigan en activo y estén sobre los pasos de otras personas relacionadas con el medio anarquista, y que, ante los difíciles momentos que se avecinan, tener la suficiente información con la que elaborar y justificar un nuevo golpe represivo.
Cabe la posibilidad de que las identificaciones de Madrid sean una casualidad, pero es algo que no les puede pasar desapercibido, de la misma manera que a nosotras no nos puede pasar desapercibida una nota difundida por la policía federal de los USA, en la que ofrece recompensas por información sobre activistas de una larga lista de colectivos, entre los que se encuentran desde organizadores del Earth First o del movimiento de protesta contra el G-8, hasta Democracy Now o Feria del Libro Anarquista, pasando por los ya habituales Black Liberation Army (BLA) o el Partido de las Panteras Negras (BPP).
La información y su manipulación son instrumentos fundamentales para el desarrollo de la represión y se ajusta a los criterios que redactados en el mes de Marzo del pasado año 2010, por los países de la comunidad europea, con el nombre de "Instrumento para almacenar datos e información sobre procesos de radicalización violenta", cuyo titular viene a confirmar que esperan que las medidas de recortes sociales y de libertades, provoquen la radicalización de sectores concretos de la sociedad, entre los que señalan a islamistas y anarquistas.
La coincidencia en la redacción y aprobación de medidas, las revueltas en determinados países europeos y la aparición de operativos de control y vigilancia, no debieran pasar desapercibidos, ni dejarnos indiferentes.

mardi 16 novembre 2010

La Guerre Cognitive III

De la légitimité de la guerre cognitive
Auteur
Christian Harbulot
Directeur de l’École de guerre économique (EGE), directeur associé du cabinet de conseils en intelligence économique C4iFR. 

De la chute du mur de Berlin à la défaite de Saddam Hussein, la perception de la guerre a évolué dans une partie du monde. En effet, les populations d’Amérique du Nord, d’Europe et d’Asie exercent une pression croissante sur leurs gouvernements afin de limiter au maximum les engagements militaires classiques. Ce refus de la guerre traditionnelle est souvent décrit comme la résultante des multiples traumatismes psychologiques engendrés par les guerres du XXe siècle. En revanche, on parle moins de l’évolution des processus par lesquels un acteur accroît sa puissance sur la scène internationale, évolution qui influe sur la nature même des conflits majeurs. Contrairement aux siècles précédents, en ce début de XXIe siècle la dynamique de puissance ne s’articule plus autour de l’alternative entre la conquête territoriale et la conquête commerciale.

Suite à la disparition des empires coloniaux et des blocs idéologiques, les enjeux territoriaux ont cessé d’avoir l’importance stratégique qu’ils avaient par le passé, mise en exergue par la succession des conflits entre États-nations qui a dominé la géopolitique mondiale depuis le XVIIIe siècle. Par ailleurs, la conquête commerciale a subi quant à elle une évolution notable avec l’instauration d’une Organisation mondiale du commerce (OMC). Cependant, cette pacification apparente des relations internationales dans le monde développé n’a pas effacé les rapports de force entre puissances. Elle contribue à en accélérer la mutation.
 
MESURER LA PUISSANCE DANS L’APRÈS-GUERRE FROIDE

Depuis 1989, les États-Unis sont présentés comme la seule superpuissance en raison de leur écrasante supériorité militaire, de leur contrôle des grands axes maritimes et aériens, du verrouillage qu’ils exercent sur le système financier international, de leur maîtrise des principales technologies clés et de leur influence sur la croissance économique mondiale. Or cette superpuissance est de plus en plus assimilée à un empire fragilisé par la faible marge de manœuvre dont il bénéficie lorsqu’il conduit des opérations militaires de grande envergure sur plusieurs théâtres d’opération. Mais qu’en est-il vraiment de la définition de la puissance en 2004 ? Si certains critères usuels restent d’actualité, comme la force militaire, l’influence géopolitique, l’accès aux sources d’énergie, la valeur de la monnaie nationale, le dynamisme industriel et la capacité d’innover dans les technologies de pointe, il en est d’autres qui appartiennent aux non-dits des relations entre dominant et dominés. Prenons l’exemple des relations entre les États-Unis et l’Europe occidentale : en cinquante ans de guerre froide, la notion de dépendance s’est progressivement substituée à celle d’indépendance qui était jusque-là l’expression la plus élémentaire de la volonté de puissance[1] . Le maillage stratégique imposé par les impératifs politico-militaires du pacte Atlantique contre le pacte de Varsovie a infléchi la réflexion sur le devenir de la puissance. À l’époque du mur de Berlin, la solidarité alliée l’emportait sur toute autre considération au nom de l’opposition essentielle à la menace soviétique. Dans un tel contexte, la grille de lecture ami/ennemi, définie antérieurement par le philosophe politique allemand Carl Schmitt[2], n’était pas assez exhaustive. Elle ne mettait pas l’accent sur l’émergence d’un nouveau type de rapport de force allié/adversaire[3], de nature non idéologique. Le cas exemplaire de l’industrie informatique illustre bien cette nuance fondamentale entre allié militaire et « adversaire économique ».Au début de la Ve République, le général de Gaulle a impulsé le plan Calcul[4] et soutenu le développement de la société Bull, cherchant à préserver l’indépendance de la France dans un secteur vital, destiné à un grand avenir. Son erreur est d’avoir conçu cette stratégie à partir du concept d’indépendance stratégique alors que la France était déjà entrée dans une situation de dépendance. De plus, les Américains développaient au même moment une stratégie de conquête du marché mondial qui dépassait largement le cadre de leurs propres besoins en équipements informatiques. Il s’agissait en réalité d’une politique d’accroissement de puissance visant plusieurs objectifs : préserver l’avance technologique du complexe militaro-industriel américain, créer un lien de dépendance durable vis-à-vis des alliés, dominer le secteur le plus avancé de l’industrie mondiale et prendre une avance décisive dans les technologies de l’information.

En revendiquant leur place de leaders mondiaux de l’information privée à la fin des années 1990, les États-Unis abattent leur jeu en matière d’information dominance. En Europe, cette revendication intempestive suscite une prise de conscience tardive de la nécessité de préserver des technologies dites de souveraineté. Mais ne s’agit-il pas déjà de batailles d’arrière-garde ? Face à une stratégie d’accroissement de puissance, la quête de l’autonomie décisionnelle est bien illusoire lorsque l’on a perdu le contrôle d’une partie de la société de l’information. L’Europe est notamment à la remorque des États-Unis dans les domaines clés de l’Internet, des technologies de l’information et de l’industrie du logiciel. De l’avis de collaborateurs européens qui travaillent dans les multinationales américaines spécialisées dans les technologies de l’information, les experts étatiques ont de plus en plus de difficultés à tenter d’éventuelles manœuvres de pénétration des systèmes nationaux du Vieux Continent à travers leur offre de produits et de services.
 

LA PROBLÉMATIQUE DE L’ACCROISSEMENT DE PUISSANCE
 
Le rapport allié/adversaire implique une relecture attentive du concept de puissance[5]. Celui-ci est à l’origine de nouvelles formes de domination plus insidieuses et moins conflictuelles que la domination militaire ou la conquête territoriale. La volonté de suprématie et donc de créer une dépendance du reste du monde envers soi peut se réaliser par des moyens coopératifs ou compétitifs. Un certain nombre d’offensives orchestrées dans le champ économique n’est plus revendiqué depuis longtemps : encerclement de marchés par les normes comptables, noyautage des appels d’offres par les stratégies d’influence, déstabilisation des acteurs économiques par dénigrement, entrisme financier par des fonds d’investissement, etc. En revanche, il est regrettable que la majorité des acteurs des nations dominées n’aient pas conscience de la banalisation de ces pratiques.
    La guerre d’Irak a souligné l’importance qu’a acquis la manipulation de l’information dans les relations internationales. L’accusation portée par George W. Bush et Tony Blair contre S. Hussein concernant l’existence d’armes de destruction massive (ADM) est devenue un cas d’école dans l’histoire de la désinformation. Dans cette affaire, les rouages de la démocratie ont fonctionné dans la mesure où la supercherie n’a pas résisté à l’évidence des faits. Encore ne faudrait-il pas en tirer de mauvaises conclusions quant à la manière dont se mène une telle guerre. L’erreur souvent commise est de confondre la manipulation de l’information afin de tromper l’adversaire ou l’allié, avec la production de connaissances conçues pour façonner les modes de pensée et orienter les règles de conduite. Il existe aujourd’hui deux types de guerre immatérielle : la guerre par l’information conceptualisée à partir de la Seconde Guerre mondiale par les Anglo-Saxons et les Soviétiques, et la guerre par la connaissance dont nous avons tiré en France le concept de guerre cognitive[6]. Les médias, les chercheurs et les militaires citent toujours la première, mais pratiquement jamais la seconde.

    C’est dans le monde économique que la guerre cognitive prend une dimension majeure. En deux décennies, sous l’effet d’un durcissement de la compétition économique, les fondements du contrat social entre l’entreprise et la société civile ont connu une véritable mutation. Soumise à de multiples pressions, l’entreprise doit désormais répondre de ses décisions, non plus devant ses seuls actionnaires ou administrateurs, mais devant un ensemble plus large constitué des pouvoirs publics, d’associations de consommateurs, de syndicats, d’organisations non gouvernementales (ONG) et d’organisations internationales. Les entreprises doivent assumer une responsabilité sociale et environnementale, soumise de manière croissante au principe de précaution. Prenons l’exemple de la santé et de l’alimentation. L’industrie agro-alimentaire américaine a servi de modèle de développement à l’ensemble des pays industrialisés. Elle subit depuis une décennie une crise majeure à cause des maladies provoquées par la composition de ses produits trop dosés en sucre et en graisses. Or force est de constater qu’en France les groupes de pression industriels du sel et du sucre tentent par tous les moyens de freiner l’action des pouvoirs publics dans leur volonté de légiférer afin d’améliorer la prévention sanitaire des citoyens. Désormais, des groupes industriels n’hésitent pas à fragiliser l’argumentation des scientifiques qui contestent leur manière de produire par le biais de sites Internet créés à cet effet. L’entreprise évolue donc aujourd’hui au cœur d’un système complexe, dont l’environnement concurrentiel ne constitue plus que l’un des volets (voir la fig. 1). L’accroissement des contraintes légales et réglementaires ainsi que l’activisme des groupes de pression sont autant d’arguments offensifs utilisables par des concurrents sans état d’âme qui n’hésitent pas à amplifier indirectement les failles des entreprises rendues publiques par les médias. Dans l’affaire de l’amiante, l’entreprise Alstom a été victime de ce type de « croc-en-jambe ». En annonçant qu’elle provisionnait une somme importante en dollars pour faire face à d’éventuelles indemnités réclamées par des plaignants américains, l’entreprise se créait elle-même une brèche habilement exploitée par des adversaires par le biais de rumeurs sur les places boursières. La valeur de l’action d’Alstom fut affectée par ces manœuvres insidieuses très difficiles à démontrer juridiquement.

Dans ce champ conflictuel, les administrations et les entreprises sont confrontées à une double problématique. Sur le plan interne, d’une part, le problème est posé par des structures organisationnelles souvent inadaptées en raison du cloisonnement des compétences et par des stratégies de communication qui n’ont pas intégré la globalisation. Sur le plan externe, d’autre part, cette problématique se rapporte à la gestion des questions liées à cette nouvelle forme de « guérilla » : la diffusion en temps réel et tous azimuts de l’information et les interactions multiples des acteurs, tour à tour émetteurs, relais et récepteurs.

L’affrontement cognitif, sans mort ni destruction spectaculaire, est la suite logique du rejet par les populations du monde développé de la guerre militaire. En effet, la préservation du niveau de vie et du confort matériel constitue un argument au moins aussi fort que la revendication de l’idéal démocratique pour expliquer la mutation des rapports de force et des modes d’action. De fait, l’affrontement cognitif est sanctuarisé là où les systèmes de croyance répugnent à envisager les conflits dans leur dimension originelle. Le rapport de force allié/adversaire, combiné aux nouvelles formes d’affrontement générées par la société de l’information, est l’une des clés des stratégies d’accroissement de puissance du XXIe siècle. Forte de son art de la rhétorique, la France est une puissance qui peine à découvrir son potentiel en matière de guerre cognitive.

Au sein de l’École de guerre économique (EGE)[7], les travaux poursuivis ont mené de la guerre par l’information au concept de guerre cognitive. Dans le cadre de relations avec le ministère de la Défense, ce concept a été approfondi en collaboration avec le Collège interarmées de défense et l’École supérieure des officiers de réserve spécialistes d’état-major (ESORSEM). Il s’agit d’une invitation à formuler un corps de doctrines et de déclinaisons opérationnelles. Si les États-Unis ont commis une erreur tactique en centrant leur campagne militaire en Irak autour des ADM, ils sont peut-être en train de gagner une bataille stratégique dans le domaine de la guerre cognitive. Leur contrôle des vecteurs de l’information ne préjuge pas de leur maîtrise absolue des contenus qu’ils véhiculent. C’est le défi du faible au fort que l’Europe et la France doivent relever.

NOTES
[ 1]
Christian Harbulot, Didier Lucas (sous la dir.), La France a-t-elle une stratégie de puissance économique ? Actes du 3e colloque de l’EGE, Panazol, Lavauzelle, coll. « Renseignement et guerre secrète », 2004.
[ 2]
Carl Schmitt, Le nomos de la terre dans le droit des gens du Jus publicum europaeum [1950], Paris, PUF, coll. « Leviathan », 2001. Les fondateurs du IIIe Reich se sont inspirés de sa pensée.
[ 3]
Christian Harbulot, Didier Lucas (sous la dir.), La guerre cognitive. L’arme de la connaissance, Paris, Lavauzelle, coll. « Renseignement et guerre secrète », 2002.
[ 4]
N.d.l.R. — Adopté le 18 juillet 1966, le plan Calcul est destiné à stimuler l’émergence d’un secteur informatique français indépendant des techniques et des capitaux étrangers.
[ 5]
Aymeric Chauprade, Christian Harbulot, Didier Lucas, Les chemins de la puissance, Paris, Ellipses, à paraître à l’automne 2004.
[ 6]
C. Harbulot, D. Lucas (sous la dir.), op. cit., 2002.
[ 7]
EGE, département de l’École supérieure libre des sciences commerciales appliquées (ESLSCA), 1, rue Bougainville, 75007 Paris. Pour plus d’informations, se référer au site Internet de l’EGE à l’adresse suivante : h http ://www.ege.eslsca.fr( ege@ege.eslsca.fr).