"La performance et la barbarie sont si étroitement mêlés dans la culture que seule une ascèse barbare à l’encontre de la culture et de ses matrices permet d’entrevoir l’autre face du monde. "
Inakomyliachtchi
Inakomyliachtchi
"L’esthétique – comme dimension du symbolique devenue à la fois arme et théâtre de la guerre économique – substitue le conditionnement des hypermasses à l’expérience sensible des individus psychiques ou sociaux. L’hypersynchronisation conduit à la perte d’individuation par l’homogénéisation des passés individuels, en ruinant le narcissisme primordial et le processus d’individuation psychique et collective : ce qui permettait la distinction du je et du nous, désormais confondus dans l’infirmité symbolique d’un on amorphe."
Bernard Stiegler
Bernard Stiegler
"Maintenant l’homme normal sait que sa conscience devait s’ouvrir à ce qui l’avait le plus violemment révolté :
ce qui, le plus violemment, nous révolte, est en nous."
Georges Bataille
ce qui, le plus violemment, nous révolte, est en nous."
Georges Bataille
« Partout où règne le spectacle, les seules forces organisées sont celles qui veulent le spectacle. Aucune ne peut donc plus être ennemie de ce qui existe, ni transgresser l’omerta qui concerne tout. »
Guy DEBORD
Guy DEBORD
«Est-ce que la proposition honnête et modeste d’étrangler le dernier jésuite avec les boyaux du dernier janséniste ne pourrait amener les choses à quelque conciliation ?»
Lettre du curé Jean Meslier à Claude-Adrien Helvétius, 11 mai 1671.
« Nous supposons également que l’art ne peut pas être compris au travers de l’intellect, mais qu’il est ressenti au travers d’une émotion présentant quelque analogie avec la foi religieuse ou l’attraction sexuelle – un écho esthétique. Le goût donne un sentiment sensuel, pas une émotion esthétique. Le goût présuppose un spectateur autoritaire qui impose ce qu’il aime ou ce qu’il n’aime pas, et traduit en « beau » et « laid » ce qu’il ressent comme plaisant ou déplaisant. De manière complètement différente, la « victime » de l’écho esthétique est dans une position comparable à celle d’un homme amoureux, ou d’un croyant, qui rejette spontanément les exigences de son ego et qui, désormais sans appui, se soumet à une contrainte agréable et mystérieuse. En exerçant son goût, il adopte une attitude d’autorité ; alors que touché par la révélation esthétique, le même homme, sur un mode quasi extatique, devient réceptif et humble. »
Marcel DUCHAMP
Lettre du curé Jean Meslier à Claude-Adrien Helvétius, 11 mai 1671.
« Nous supposons également que l’art ne peut pas être compris au travers de l’intellect, mais qu’il est ressenti au travers d’une émotion présentant quelque analogie avec la foi religieuse ou l’attraction sexuelle – un écho esthétique. Le goût donne un sentiment sensuel, pas une émotion esthétique. Le goût présuppose un spectateur autoritaire qui impose ce qu’il aime ou ce qu’il n’aime pas, et traduit en « beau » et « laid » ce qu’il ressent comme plaisant ou déplaisant. De manière complètement différente, la « victime » de l’écho esthétique est dans une position comparable à celle d’un homme amoureux, ou d’un croyant, qui rejette spontanément les exigences de son ego et qui, désormais sans appui, se soumet à une contrainte agréable et mystérieuse. En exerçant son goût, il adopte une attitude d’autorité ; alors que touché par la révélation esthétique, le même homme, sur un mode quasi extatique, devient réceptif et humble. »
Marcel DUCHAMP
Affichage des articles dont le libellé est sociaux-traîtres. Afficher tous les articles
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lundi 26 septembre 2011
Alain BROSSAT: le Grand Dégoût Culturel
dimanche 18 septembre 2011
PASOLINI : FACHISMES VRAI ET FANTASMÉ
" La véritable intolérance est celle de la société de consommation, de
la permissivité concédée d'en haut, qui est la vraie, la pire, la plus
sournoise, la plus froide et impitoyable forme d'intolérance. Parce
que c'est une intolérance masquée de tolérance. Parce qu'elle n'est
pas vraie. Parce qu'elle est révocable chaque fois que le pouvoir en
sent le besoin. Parce que c'est le vrai fascisme dont découle
l'antifascisme de manière : inutile, hypocrite, et, au fond, apprécié
par le régime."
Pier Paolo PASOLINI (1976)
la permissivité concédée d'en haut, qui est la vraie, la pire, la plus
sournoise, la plus froide et impitoyable forme d'intolérance. Parce
que c'est une intolérance masquée de tolérance. Parce qu'elle n'est
pas vraie. Parce qu'elle est révocable chaque fois que le pouvoir en
sent le besoin. Parce que c'est le vrai fascisme dont découle
l'antifascisme de manière : inutile, hypocrite, et, au fond, apprécié
par le régime."
Pier Paolo PASOLINI (1976)
vendredi 24 juin 2011
LA CRISE DES CLASSES MOYENNES ET LE DÉLABREMENT DE LEURS CONDITIONS DE PRODUCTION COMME ACTEURS DU SPECTACLE DE LA MARCHANDISE
Tandis qu’une fraction du décile supérieur des classes moyennes saute dans l’illusion du TGV de l’hyper-classe, les déciles inférieurs sont, les uns après les autres, déclassés. Selon les particularités de son groupe, chacun constate, pour lui–même ou pour son voisin, que ses stratégies d’ascension sont périmées et que, même à courir davantage, lui-même et ses enfants ne feront que descendre. Le capitalisme a produit les classes moyennes comme machines à consommer et à rêver : en les détruisant, il s’unifie. Les classes moyennes savent que le rêve est brisé, elles devinent la tricherie, mais ne perçoivent pas encore qui la met en scène. A l’Est comme à l’Ouest, le spectacle fut construit par la volonté délibérée d’occulter les rapports de classes réels. A l’Ouest, à côté des propriétaires, des entrepreneurs et des prolétaires vint s’ajouter pour la répartition du surplus une classe sociale invisible articulée autour d’un nouveau rapport social, celui de la redistribution (welfare). La redistribution fut utilisée comme variable d’ajustement au « besoin de consommation » exigé par la reproduction du capital. Cette forme tranquillisante de dispositif anti-émeute instituait une forme nouvelle de servitude volontaire. Depuis cinquante ans pour le moins, notre passivité, jusque dans la dénonciation superficielle du « trop de spectacle », nous rend assurément complices de cette gestion que pourtant nous savons mortifère. Le « flower power », le « new age », le « néopaganisme » et maintenant la « sobriété volontaire » préparent au changement du style d’animation. Voici le temps où les tireurs de ficelles sont forcés de modifier les attaches : le pouvoir d’achat c’est fini, aspirons aux relations. Aussi, pour le bref instant d’une situation qu’il s’agit de saisir ici sur ce blog historique, les tireurs de ficelles se montrent à leurs marionnettes.
mercredi 22 juin 2011
NO PODRAN PARARNOS (INSTITUTO DEL TIEMPO)
El próximo 3 de julio saldremos a la calle nuevamente. Será en Madrid, en una convocatoria horizontal y abierta que persigue que todas las personas que lo deseen, con la combativa suma de todos los grupos, colectivos, asambleas de barrio y plataformas de trabajadores, tomen la calle y le digan a las instituciones y poderes públicos que no podrán pararnos. Porque lo queremos todo, y mucho más.
Solidaridad con los detenidos/as el 15M.
Ni un desahucio o despido más.
Fuera la Reforma laboral.
Durante el recorrido se realizarán diferentes Juicios Simbólicos a las instituciones políticas y económicas.
El sábado 25 de junio, durante todo el día, LLAMAMIENTO A ORGANIZAR PIQUETES INFORMATIVOS en todas las salidas de metro de Madrid. Organízate en la tuya.
Para descargar la información y cartel de la convocatoria:
Búscanos también en facebook y twitter
NO PODRÁN PARARNOS
LO QUEREMOS TODO Y MUCHO MÁS
Manifestación 3 de julio, 19 horas, Cibeles-Sol
Un jefe de policía sonríe a la cámara mientras muestra divertido la careta de lo que denomina “un grupo de peligrosos piratas informáticos que por fin ha sido detenido; un periodista se burla de “los indignados”: “No saben lo que quieren y muy pronto ya nadie hablará de ellos”, asegura; los sindicatos lanzan amenazas que saben bien que no cumplirán acerca de “romper la paz social”; un alcalde abandona a toda prisa un Ayuntamiento. A través de los cristales tintados de su coche oficial puede ver a cientos de personas que le gritan e increpan; un secretario judicial acaba su desayuno y se levanta, dispuesto a ejecutar un nuevo desahucio.
Jefes de policía, medios de comunicación y tertulian@s, cúpulas sindicales, polític@s, banquer@s y jueces, ¿sabéis que sucede? Que os hemos perdido el respeto.
El 15M expresó masivamente un malestar que se fraguó en universidades y centros de trabajo, en pasillos de supermercados abarrotados de productos cada vez más inasequibles, en las colas del paro, en vagones de metro atestados de gente como tú y como yo, gente cabreada y cansada de que siempre seamos l@s mism@s quienes paguemos sus crisis. Surgió porque todo tiene un límite y porque cualquier persona decente se indignaría al ver las redadas contra inmigrantes, las persecuciones en plena calle contra grupos de manteros, los despidos y desahucios.
El Poder esta aterrorizado. Comienza a sentir que su tiempo ha pasado. No comprende que aquello que deseamos (todo eso que expresamos por medio de cánticos que son rugidos y en asambleas que son solidaridades inauditas en este país hasta ahora obediente) es incompatible con todas sus miserias y violencias.
El Poder siente pánico. Está desesperado y su desesperación le conduce a pretender detenernos con sus policías y guardianes.
El campamento de Sol ya no existe, pero su vacío es tan sólo algo táctico: nos fuimos de una plaza para repartirnos por todas las plazas. Y ahora estamos en cualquier lugar.
Nuestra fuerza está en la resistencia de la gente, en los vecin@s de esta ciudad que en la farsa que fue la bochornosa investidura del Alcalde de Madrid, no dudaron en colocar sus cuerpos frente a los coches oficiales. Y los ojos, los ojos del forzudo antidisturbios que desesperado comprobaba que cuando levantaba a un@ de l@s nuestr@s, otr@ rápidamente ocupaba su lugar.
No lo olvidaremos.
En Madrid, Barcelona o valencia habéis hecho de la mentira vuestra bandera. Sois la “versión oficial”, pero nosotr@s tenemos la verdad. Golpeasteis a gente pacífica. Qué vergüenza. Esto es lo que habéis sembrado (polític@s que deben llegar al Parlamento a bordo de helicópteros, como bandidos) y toda vuestra obscenidad y arrogancia no os saldrá gratis. Este año ya es nuestro. Sabed que la llegada del verano os traerá frío y soledad y que, cuando llegue el invierno, las calles estarán bien calientes.
No nos representáis, vosotr@s, la clase política sin excepciones. Aprendimos en las calles, cuando por fin la rabia salió de nuestras casas, que éramos multitud. Esto es la política. Esta es la comunidad. Esta es nuestra gente: el poder (un poder real y no vuestros simulacros de democracia) en manos de la gente a través de decenas de asambleas, autogestión, horizontalidad, apoyo mutuo, solidaridad, jóvenes aprendiendo de sus mayores, mayores sintiéndose jóvenes, pero tod@s compartiendo anhelos, enseñanzas y contraseñas.
Hoy sabemos que tenemos que seguir aprendiendo.
Hoy sabemos que no podrán pararnos.
No olvidemos que Sol y su campamento surgieron mientras nuestr@s compañer@s, después de sufrir malos tratos y violencia, pasaban la noche en ese oscuro y tétrico lugar que es la sede de la Brigada de Información de Moratalaz. Entonces, alguien colocó una tienda de campaña, y luego aparecieron decenas más. Nuestr@s compañer@s siguen imputad@s por unos delitos que no reconocemos.
Ahora, nosotros (la voz del pueblo), haremos de jueces…
¿Qué os parece si os juzgamos?
Durante el recorrido haremos varias paradas frente a algunas de las instituciones más indecentes de este país. Una vez allí, las juzgaremos.
Banco de España: sede de la Mafia. Culpable por ser un incomparable ejemplo de un sistema avaro e injusto.
Consejería de Educación: fábrica de seres obedientes y preparados para ser l@s parad@s del mañana. Culpable por fomentar la estupidez y la ignorancia.
BBVA: Parques inmobiliarios a costa de especular y arrebatar los hogares de la gente de los barrios, expulsando a sus habitantes y destruyendo sus sueños. Culpable por usura.
Dirección General de Seguridad-Presidencia de la Comunidad: la antigua mazmorra por la que pasaron nuestros padres, madres y abuel@s. Todo aquello que un día albergó la extinta DGS (injusticia, violencia y arbitrariedad) ha subido por fin a su superficie, llegando incluso hasta las elegantes moquetas de la actual Presidencia de la Comunidad. Culpable por sostener la violencia organizada.
El 15M tomamos la calle, luego las plazas. Mañana haremos lo mismo con centros de trabajo y universidades.
Porque no podrán pararnos.
Porque lo queremos todo y lo queremos ahora.
Archivo y sobreseimiento de lxs detenidxs el 15M.
Ni un desahucio o despido más.
Fuera la Reforma Laboral.
*Piquetes informativos el sábado 25 de junio. Durante todo el día, se organizarán piquetes a la salida de todos los metros de Madrid. Organízate en el tuyo.
#nopodranpararnos#
nopodranpararnos.wordpress.com
vendredi 11 février 2011
Les rats de l’art
Les rats de l’art ou comment nous avons pris 2000 € au Commissariat à l’énergie atomique
par Pièces et main d’œuvre (PMO)
Une bonne nouvelle pour une fois. Pièces et main d’œuvre a soutiré 2000 € au centre Minatec et au Commissariat à l’énergie atomique, à l’insu d’iceux, et en toute légalité. Cet argent est une prise de guerre que nous emploierons au mieux à la contestation du Nanomonde et de la société de contrainte issus de Clinatec, la clinique expérimentale du CEA-Minatec, et des laboratoires, grenoblois ou non, oeuvrant à l’incarcération de l’homme-machine dans le monde-machine. Tel le projet de « cyber-planète intelligente » d’IBM .
Et maintenant la question qui vous crève les lèvres : Comment vous y êtes-vous pris ?
Pour le savoir, lisez Les rats de l’art (à télécharger ci-dessous), ainsi que A quoi sert le prix Arts & Sciences de Minatec, par François Graner.
Et maintenant la question qui vous crève les lèvres : Comment vous y êtes-vous pris ?
Pour le savoir, lisez Les rats de l’art (à télécharger ci-dessous), ainsi que A quoi sert le prix Arts & Sciences de Minatec, par François Graner.
mercredi 17 novembre 2010
« Gentrification » : une notion importée… et importune (2)
SOURCE/Agone (la chronique de Jean-Pierre Garnier)
Le déplacement des élites néo-petites bourgeoises et leurs franges faussement marginalisées, les « bobos », clientèle presque exclusive des partis sociaux-démocrates, participe à la mise en compétition des villes pour séduire les « investisseurs »,
La (re)conversion d’un ancien quartier populaire en quartier « branché » sous l’effet conjugué de la dynamique de marché et des politiques publiques n’est pas le fait d’une fraction de la bourgeoisie, toujours retranchée dans les « beaux quartiers » traditionnels ou les banlieues que l’on appelle « résidentielles » pour rappeler le caractère hypersélectif de l’habitat où elle demeure.
Les nouveaux habitants qui ont entrepris de s’approprier certains secteurs urbains où vivait une population majoritairement composée d’ouvriers et d’employés, auxquels on peut ajouter les petits commerçants et artisans qui subvenaient aux besoins des précédents, appartiennent pour la plupart à des catégories socio-professionnelles très diplômées occupant des emplois hautement qualifiés dans la « nouvelle économie » dite de la « connaisssance » par ses apologistes. Ses membres travaillent dans les laboratoires, les centres de recherche, les salles de marché ou les médias, mais peuvent être également artistes, psychanalystes ou enseignants du supérieur. Ce groupe très composite dispose d’un pouvoir d’achat élevé qui lui permet de consommer « autrement » que les « bourgeois » traditionnels, mais à des coûts élevés, que ce soit en matière d’habillement, d’alimentation, de loisirs, d’ameublement ou, bien sûr, de logement. Promues à longueur de pages « culturelles » par la presse qui lui est destinée, les pseudo-transgressions et autres « œuvres dérangeantes » dont cette catégorie privilégiée fait son miel participent d’une autre forme de conformité conservatrice en phase avec l’esthétisation du mode de vie qui lui permet de se démarquer du commun. Cependant, aussi dispendieux soit-il, cet hédonisme consumériste n’autorise pas à classer ce groupe parmi la bourgeoisie proprement dite. À cet égard, l’appellation oxymorique et médiatique de « bobos » qui sert couramment à désigner les néo-petits bourgeois qui tiennent le haut du pavé dans les quartiers « gentrifiés » est doublement trompeuse.
La « différence » dont les néo-petits bourgeois se targuent pour valoriser leur « style de vie » n’a d’abord rien à voir avec l’anticonformisme de la bohême artistique de la fin du XIXe et du début du XXe siècle. Sans le sou et souvent sans toit, les artistes qui composaient cette dernière (peintres, sculpteurs, poètes, musiciens…) refusaient la société bourgeoise, ses valeurs et ses codes, au point de rompre matériellement avec elle alors qu’ils en étaient parfois issus. Les « bobos », en revanche, se sentent parfaitement à l’aise dans la société capitaliste actuelle. Ils ne connaissent pas la marginalité et la misère qui étaient le lot de la bohême originelle. Bien au contraire : soi disant « hors normes », leurs coûteuses préférences culturelles contribuent à alimenter un marché de l’art et de la mode en pleine expansion à la grande satisfaction d’une bourgeoisie éclairée à l’affût des dernières nouveautés en matière de « création ».
À titre d’exemple, on peut mentionner les « super-bobos » que seraient les stars de l’architecture internationale : les Jean Nouvel, Christian de Portzamparc, Renzo Piano et autres Rem Koolhas. Multi-millionnaires en euros ou en dollars grâce aux projets faramineux dont ils sont les auteurs, à la tête d’agences aux effectifs nombreux, jouissant des privilèges que leur procure leur statut de concepteurs internationalement reconnus, on voit mal ce qui pourrait rattacher ces membres de la jet set mondialisée à la « bohême » de jadis, si ce n’est, pour certains, l’anticapitalisme de pacotille, répudié et oublié depuis, qu’ils professaient dans les écoles d’architecture lorsqu’ils étaient encore étudiants. Choyés par les puissants de ce monde devenus leurs clients, reçus dans tous les lieux du pouvoir pour leur talent à accroître le pouvoir symbolique des lieux et, par là, celui de leurs commanditaires, encensés par la critique la plus académique, ces maîtres d’œuvre qui sont aussi des maîtres à penser « la ville du futur » ne sont cependant pas pour autant des bourgeois. Solidaires de ces derniers, à qui ils doivent leur statut, leur prospérité et la possibilité de laisser une trace dans l’espace urbain, ils ne se confondent pas avec eux. Dessiner des bâtiments luxueux, spectaculaires et innovants (musées, médiathèques, auditoriums, théâtres, mairies, ambassades, sièges sociaux, etc.) commandités par des gens de pouvoir, qu’il soit économique ou politique, c’est, en fait, rester fidèle à une tradition pluriséculaire : celle où l’architecte se met au service du Prince.
Même si elle joue un rôle actif dans la reproduction des rapports de domination, la petite bourgeoisie intellectuelle, y compris pour ce qui concerne ses franges supérieures, ne fait pas, répétons-le, partie de la classe dominante. Aussi influente soit-elle sur le plan idéologique, sa place et sa fonction demeurent celles d’une classe intermédiaire structurellement dépendante de celle-ci. Mais, elle aussi doit s’approprier un espace pour y imprimer sa marque, même si le « boboland » diffère notablement, par son « urbanité », au sens lefebvrien du terme, des « ghettos du gotha [1] » : « Résider dans des quartiers centraux réhabilités est presque devenu un critère d’appartenance », la « pierre angulaire d’une stratégie de distinction sociale, voire de prise de pouvoir symbolique sur la ville » [2]. Une prise de pouvoir politique, également, au moins au niveau local. Car la « gentrification » ne touche pas seulement l’espace construit : elle affecte aussi la nature des partis de la gauche officielle dont l’assise populaire n’a cessé de se réduire.
Leurs dirigeants, leurs militants et la majeure partie de leur électorat appartiennent à la petite bourgeoisie intellectuelle, encore qu’il arrive à certains d’intégrer, grâce à leur carnet d’adresse copieusement rempli à l’occasion de leurs hautes responsabilités politiciennes, les rangs de la bourgeoisie. « Il s’agit d’un phénomène européen : un peu partout on assiste à une “gentrification” de la social-démocratie. [3]» Aussi ne s’étonnera-t-on pas du fait que les municipalités « de gauche » tendent la plupart du temps à aller au devant des souhaits et des aspirations de leur nouvelle base sociale, notamment dans les domaines du « cadre de vie » et de la consommation culturelle. « Virer en douceur les pauvres de l’hypercentre et monter en gamme le produit-ville pour séduire les bobos [4] » : la politique urbaine menée par le maire « socialiste » de Nantes et son équipe « rose-verte » n’est qu’un exemple parmi tant d’autres. C’est, dans ses grandes lignes, la même que celle qui est poursuivie à Grenoble, Rennes Lille ou Strasbourg, comme d’ailleurs dans des villes gouvernées par la droite telles que Bordeaux ou Marseille, non sans difficultés dans ce dernier cas, en raison de l’enracinement persistant du peuple dans les quartiers centraux. Comme beaucoup de leurs homologues des pays voisins, les édiles de l’Hexagone ont pris acte de ce que la « qualité de la vie urbaine » dont ils ont fait leur priorité, « de même que la ville elle-même, est désormais une marchandise réservée aux plus fortunés, dans un monde où le consumérisme, le tourisme, les industries de la culture et de la connaissance sont devenus des aspects majeurs de l’économie politique urbaine [5] ».
Par-delà la nouveauté de ces aspects, l’économie politique urbaine reste plus que jamais tributaire des modalités de l’accumulation capitaliste, et donc des intérêts des classes dirigeantes. Les élites néo-petites bourgeoises qui ont pris les leviers de commande dans les grandes agglomérations ne font que se plier aux desiderata de la bourgeoisie « mondialisée », comme le montre leur engouement récent pour la « métropolisation ». Présentée, tant par les politiciens et les journalistes que par les chercheurs inféodés, comme un processus à la fois inéluctable et bénéfique sans lien aucun avec les rapports de classes, elle n’est pourtant que l’inscription spatiale d’une tendance lourde de l’accumulation du capital : la polarisation des activités directionnelles liées à la « concentration du tertiaire noble aux niveaux supérieurs de l’armature urbaine », pour reprendre une formulation technocratique en vogue dans les années 1960 en France, à l’époque où l’État s’efforçait de promouvoir des « métropoles d’équilibre » pour contrebalancer l’hégémonie de la capitale.
Du fait de leur expansion, ces activités, les professions annexes et les gens qui les exercent se trouvent « à l’étroit » dans les centres-villes et même les villes-centres au cœur des agglomérations. L’étalement urbain, vilipendé aujourd’hui comme contraire à l’avènement d’une hypothétique « ville durable » continue d’aller de pair avec le renforcement de la centralité. Seule l’échelle du processus a changé : les anciennes limites politico-administratives sont devenues caduques pour gérer l’urbanisation capitaliste. D’où le dilemme auquel se trouvent confrontés élites locales, élues ou non, dans les grandes villes et leurs banlieues en matière de « gouvernance urbaine » : métropolisation ou marginalisation.
La « concurrence libre et non faussée », qui s’applique au « champ urbain » comme dans les autres domaines, met, en effet, les villes en compétition les unes avec les autres, aux niveaux mondial, continental ou national, pour séduire les « investisseurs », c’est-à-dire les entrepreneurs, et la « matière grise », à savoir la fraction de la petite bourgeoisie intellectuelle qui, par goût culturel ou par nécessité professionnelle, préfère les avantages et les agréments de la centralité urbaine aux joies de l’habitat individuel périphérique et verdoyant. Menées sous l’égide de municipalités désireuses d’accroître l’attractivité d’une ville ou d’en effacer l’image sinistrée après la désindustrialisation, les politiques de « gentrification » peuvent prendre, comme cela a été souvent observé, la forme de la « réhabilitation » du patrimoine existant, avec ou sans réaffectation des lieux et reconversion de leur usage, ou de la « rénovation », c’est-à-dire de la destruction partielle ou complète, suivie de la construction. Ce « renouvellement urbain », à la fois spatial et social, ne concerne pas seulement le logement, mais aussi les espaces publics, commerciaux et de loisirs.
Que recouvre, en fin de compte, la « gentrification »? À la fois un processus et une politique, l’un entraînant ou encourageant l’autre, d’élitisation du « droit à la ville » au profit de la classe dirigeante et d’une partie de la nouvelle alliée, la petite bourgeoisie intellectuelle, qui ne fait que parachever la dépossession urbaine des classes populaires.
Jean-Pierre Garnier a publié aux éditions Agone : Une violence éminemment contemporaine. Essais sur la ville, la petite-bourgeoisie intellectuelle et l'effacement des classes populaires (2010).
[2] Anne Clerval, compte-rendu de David Brooks, Les Bobos. Les bourgeois bohèmes, mis en ligne le 17 mars 2005 sur Cybergeo, modifié le 12 décembre 2006.
[3] Christophe Guilly, « La nouvelle géographie sociale à l’assaut de la carte électorale », Cevipof, 2002.
[4] Jean-Pierre Garnier, La Brique, n° 16, juillet-août, 2007.
[5] David Harvey, « The right to the city », New Left Review, september-october 2008, n° 53.
La « différence » dont les néo-petits bourgeois se targuent pour valoriser leur « style de vie » n’a d’abord rien à voir avec l’anticonformisme de la bohême artistique de la fin du XIXe et du début du XXe siècle. Sans le sou et souvent sans toit, les artistes qui composaient cette dernière (peintres, sculpteurs, poètes, musiciens…) refusaient la société bourgeoise, ses valeurs et ses codes, au point de rompre matériellement avec elle alors qu’ils en étaient parfois issus. Les « bobos », en revanche, se sentent parfaitement à l’aise dans la société capitaliste actuelle. Ils ne connaissent pas la marginalité et la misère qui étaient le lot de la bohême originelle. Bien au contraire : soi disant « hors normes », leurs coûteuses préférences culturelles contribuent à alimenter un marché de l’art et de la mode en pleine expansion à la grande satisfaction d’une bourgeoisie éclairée à l’affût des dernières nouveautés en matière de « création ».
À titre d’exemple, on peut mentionner les « super-bobos » que seraient les stars de l’architecture internationale : les Jean Nouvel, Christian de Portzamparc, Renzo Piano et autres Rem Koolhas. Multi-millionnaires en euros ou en dollars grâce aux projets faramineux dont ils sont les auteurs, à la tête d’agences aux effectifs nombreux, jouissant des privilèges que leur procure leur statut de concepteurs internationalement reconnus, on voit mal ce qui pourrait rattacher ces membres de la jet set mondialisée à la « bohême » de jadis, si ce n’est, pour certains, l’anticapitalisme de pacotille, répudié et oublié depuis, qu’ils professaient dans les écoles d’architecture lorsqu’ils étaient encore étudiants. Choyés par les puissants de ce monde devenus leurs clients, reçus dans tous les lieux du pouvoir pour leur talent à accroître le pouvoir symbolique des lieux et, par là, celui de leurs commanditaires, encensés par la critique la plus académique, ces maîtres d’œuvre qui sont aussi des maîtres à penser « la ville du futur » ne sont cependant pas pour autant des bourgeois. Solidaires de ces derniers, à qui ils doivent leur statut, leur prospérité et la possibilité de laisser une trace dans l’espace urbain, ils ne se confondent pas avec eux. Dessiner des bâtiments luxueux, spectaculaires et innovants (musées, médiathèques, auditoriums, théâtres, mairies, ambassades, sièges sociaux, etc.) commandités par des gens de pouvoir, qu’il soit économique ou politique, c’est, en fait, rester fidèle à une tradition pluriséculaire : celle où l’architecte se met au service du Prince.
Même si elle joue un rôle actif dans la reproduction des rapports de domination, la petite bourgeoisie intellectuelle, y compris pour ce qui concerne ses franges supérieures, ne fait pas, répétons-le, partie de la classe dominante. Aussi influente soit-elle sur le plan idéologique, sa place et sa fonction demeurent celles d’une classe intermédiaire structurellement dépendante de celle-ci. Mais, elle aussi doit s’approprier un espace pour y imprimer sa marque, même si le « boboland » diffère notablement, par son « urbanité », au sens lefebvrien du terme, des « ghettos du gotha [1] » : « Résider dans des quartiers centraux réhabilités est presque devenu un critère d’appartenance », la « pierre angulaire d’une stratégie de distinction sociale, voire de prise de pouvoir symbolique sur la ville » [2]. Une prise de pouvoir politique, également, au moins au niveau local. Car la « gentrification » ne touche pas seulement l’espace construit : elle affecte aussi la nature des partis de la gauche officielle dont l’assise populaire n’a cessé de se réduire.
Leurs dirigeants, leurs militants et la majeure partie de leur électorat appartiennent à la petite bourgeoisie intellectuelle, encore qu’il arrive à certains d’intégrer, grâce à leur carnet d’adresse copieusement rempli à l’occasion de leurs hautes responsabilités politiciennes, les rangs de la bourgeoisie. « Il s’agit d’un phénomène européen : un peu partout on assiste à une “gentrification” de la social-démocratie. [3]» Aussi ne s’étonnera-t-on pas du fait que les municipalités « de gauche » tendent la plupart du temps à aller au devant des souhaits et des aspirations de leur nouvelle base sociale, notamment dans les domaines du « cadre de vie » et de la consommation culturelle. « Virer en douceur les pauvres de l’hypercentre et monter en gamme le produit-ville pour séduire les bobos [4] » : la politique urbaine menée par le maire « socialiste » de Nantes et son équipe « rose-verte » n’est qu’un exemple parmi tant d’autres. C’est, dans ses grandes lignes, la même que celle qui est poursuivie à Grenoble, Rennes Lille ou Strasbourg, comme d’ailleurs dans des villes gouvernées par la droite telles que Bordeaux ou Marseille, non sans difficultés dans ce dernier cas, en raison de l’enracinement persistant du peuple dans les quartiers centraux. Comme beaucoup de leurs homologues des pays voisins, les édiles de l’Hexagone ont pris acte de ce que la « qualité de la vie urbaine » dont ils ont fait leur priorité, « de même que la ville elle-même, est désormais une marchandise réservée aux plus fortunés, dans un monde où le consumérisme, le tourisme, les industries de la culture et de la connaissance sont devenus des aspects majeurs de l’économie politique urbaine [5] ».
Par-delà la nouveauté de ces aspects, l’économie politique urbaine reste plus que jamais tributaire des modalités de l’accumulation capitaliste, et donc des intérêts des classes dirigeantes. Les élites néo-petites bourgeoises qui ont pris les leviers de commande dans les grandes agglomérations ne font que se plier aux desiderata de la bourgeoisie « mondialisée », comme le montre leur engouement récent pour la « métropolisation ». Présentée, tant par les politiciens et les journalistes que par les chercheurs inféodés, comme un processus à la fois inéluctable et bénéfique sans lien aucun avec les rapports de classes, elle n’est pourtant que l’inscription spatiale d’une tendance lourde de l’accumulation du capital : la polarisation des activités directionnelles liées à la « concentration du tertiaire noble aux niveaux supérieurs de l’armature urbaine », pour reprendre une formulation technocratique en vogue dans les années 1960 en France, à l’époque où l’État s’efforçait de promouvoir des « métropoles d’équilibre » pour contrebalancer l’hégémonie de la capitale.
Du fait de leur expansion, ces activités, les professions annexes et les gens qui les exercent se trouvent « à l’étroit » dans les centres-villes et même les villes-centres au cœur des agglomérations. L’étalement urbain, vilipendé aujourd’hui comme contraire à l’avènement d’une hypothétique « ville durable » continue d’aller de pair avec le renforcement de la centralité. Seule l’échelle du processus a changé : les anciennes limites politico-administratives sont devenues caduques pour gérer l’urbanisation capitaliste. D’où le dilemme auquel se trouvent confrontés élites locales, élues ou non, dans les grandes villes et leurs banlieues en matière de « gouvernance urbaine » : métropolisation ou marginalisation.
La « concurrence libre et non faussée », qui s’applique au « champ urbain » comme dans les autres domaines, met, en effet, les villes en compétition les unes avec les autres, aux niveaux mondial, continental ou national, pour séduire les « investisseurs », c’est-à-dire les entrepreneurs, et la « matière grise », à savoir la fraction de la petite bourgeoisie intellectuelle qui, par goût culturel ou par nécessité professionnelle, préfère les avantages et les agréments de la centralité urbaine aux joies de l’habitat individuel périphérique et verdoyant. Menées sous l’égide de municipalités désireuses d’accroître l’attractivité d’une ville ou d’en effacer l’image sinistrée après la désindustrialisation, les politiques de « gentrification » peuvent prendre, comme cela a été souvent observé, la forme de la « réhabilitation » du patrimoine existant, avec ou sans réaffectation des lieux et reconversion de leur usage, ou de la « rénovation », c’est-à-dire de la destruction partielle ou complète, suivie de la construction. Ce « renouvellement urbain », à la fois spatial et social, ne concerne pas seulement le logement, mais aussi les espaces publics, commerciaux et de loisirs.
Que recouvre, en fin de compte, la « gentrification »? À la fois un processus et une politique, l’un entraînant ou encourageant l’autre, d’élitisation du « droit à la ville » au profit de la classe dirigeante et d’une partie de la nouvelle alliée, la petite bourgeoisie intellectuelle, qui ne fait que parachever la dépossession urbaine des classes populaires.
Jean-Pierre Garnier
——Jean-Pierre Garnier a publié aux éditions Agone : Une violence éminemment contemporaine. Essais sur la ville, la petite-bourgeoisie intellectuelle et l'effacement des classes populaires (2010).
Notes
[1] Michel Pinçon et Monique Pinçon-Charlot, Dans les beaux quartiers, Seuil, 1999.[2] Anne Clerval, compte-rendu de David Brooks, Les Bobos. Les bourgeois bohèmes, mis en ligne le 17 mars 2005 sur Cybergeo, modifié le 12 décembre 2006.
[3] Christophe Guilly, « La nouvelle géographie sociale à l’assaut de la carte électorale », Cevipof, 2002.
[4] Jean-Pierre Garnier, La Brique, n° 16, juillet-août, 2007.
[5] David Harvey, « The right to the city », New Left Review, september-october 2008, n° 53.
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