« Le problème du langage est au centre de toutes les luttes pour
l’abolition ou le maintien de l’aliénation présente ; inséparable de
l’ensemble du terrain de ces luttes. Nous vivons dans le langage comme
dans l’air vicié. Contrairement à ce qu’estiment les gens d’esprit, les
mots ne jouent pas. Ils ne font pas l’amour, comme le croyait Breton,
sauf en rêve. Les mots travaillent, pour le compte de
l’organisation dominante de la vie. Et cependant, ils ne sont pas
robotisés ; pour le malheur des théoriciens de l’information, les mots
ne sont pas eux-mêmes « informationnistes » ; des forces se manifestent
en eux, qui peuvent déjouer les calculs. Les mots coexistent avec le
pouvoir dans un rapport analogue à celui que les prolétaires (au sens
classique aussi bien qu’au sens moderne de ce terme) peuvent entretenir
avec le pouvoir. Employés presque tout le temps, utilisés à
plein temps, à plein sens et à plein non-sens, ils restent par quelque
côté radicalement étrangers. (…)
Notre époque n’a plus à écrire des consignes poétiques, mais à les exécuter. »
Notre époque n’a plus à écrire des consignes poétiques, mais à les exécuter. »
(Début et fin de All the King’s Men, Guy Debord, paru en janvier 1963, I.S. n°8)
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